Jazz Rhône Alpes parle de « S »

« S », qu’est-ce ? Le nouveau projet du vibrionnant violoniste et chanteur Yann-Gaël Poncet qui s’est entouré cette fois-ci de son « frère de musique », le guitariste Jean-Paul Hervé, du batteur hors-norme Philippe Pipon Garcia et du talentueux Vincent Lafont aux claviers.

« S », ce serait peut-être « Slow, soft, sweet, strange and savage… » (lent, calme, doux, étrange et sauvage) ou la marque du pluriel qui anime cette musique si singulière…

« S », c’est un montage de compositions que Yann-Gaël a parfois depuis longtemps dans « sa besace » et qui, bien que très complexes et écrites, laissent une large place aux improvisations.

« S », ce sont des titres qui font un tour d’Europe linguistique qu’il prend la peine de nous traduire en langue de chez nous. Weg van nacht* (loin de la nuit) assoit d’entrée un public qui l’était déjà. Au centre du dispositif scénique, le « violon-héro » est très expressif, totalement investi dans sa musique. A jardin, le pianiste est très concentré. Au pied du rideau noir, le batteur passe du virevoltant au chatoyant. A cour, le guitariste semble imperturbable et décontracté.

Les musiciens présentés, le maître de cérémonie annonce Castello no Ar (l’oiseau qui plane) dans lequel il chantera de sa voix aérienne à laquelle répondent une guitare agressive, un clavier percutant et une batterie survitaminée.

Plus doux, Agua en cestillo (de l’eau dans un panier) étend le registre vocal à des notes tenues et des bruits de bouche et montre que ses compagnons sont aussi à l’aise dans la délicatesse que dans l’énergie pure. Yann-Gaël utilise sa voix comme un instrument. Il ne nous raconte pas d’histoires, mais nous fait partager des émotions.

Non e tutt’oro (tout ce qui brille n’est pas or) s’avère assez tellurique avec ses infrabasses où se posent les aigus parcimonieux du violon et de la guitare avant que tout bascule dans une transe technoïde dans laquelle Yann-Gaël finit par délaisser le violon au profit d’une tablette, explorant des sons électros.

C’est l’heure d’une « pause fumeurs de 13 mn 44s ! » avant que Die Sprache eines Volkes (la langue d’un peuple, c’est son âme) permette au batteur de passer du calme des mailloches au chaos des baguettes avec une redoutable efficacité en parfaite symbiose avec ses partenaires.

Inspiré par Tolkien, Not all those who wander are lost** (tous ceux qui errent ne sont pas perdus) permet d’entendre un scat futuriste bien en phase avec le tempo donné par la guitare et un solo au Fender Rhodes que le chanteur écoute, tout sourire, accroupi devant la batterie avant de reprendre le chant pour finir dans un souffle.

Retour à la délicatesse avec Existir e um fato, viver e uma arte (exister est un fait, vivre est un art) où l’on partage cet instant unique où un compositeur vit le bonheur de voir/entendre sa musique prendre corps, où l’imaginaire se matérialise, où l’exigence porte ses fruits comme une naissance.

C’est Les cordons de la bourse qui conclut le set. Chanson de révolte jouée à un rythme effréné, elle reprend un refrain s’ouvrant sur ces mots « Je me méfie des hommes qui ont des chaussures cirées et une jolie cravate… ». Une telle vitesse d’exécution et une telle précision laissent le public pantois qui obtient en rappel Alle Baader hioelpae (toute contribution a son utilité), composition semblant résumer ce superbe concert : une musique à l’écriture très élaborée, le plaisir de l’interpréter et de l’écouter, réussissant le paradoxe d’humaniser, de donner vie aux sons électroniques qu’elle mêle aux sonorités organiques.

Les programmateurs avisés du Périscope ne s’y sont pas trompés. « S » a rempli la salle et montré, une fois de plus, que c’est bien ici que se conjuguent le présent et le futur du jazz.

Christian Ferreboeuf & photos Jazz-Rhone-Alpes.com

* https://soundcloud.com/sthegroup/weg-van-nacht

** https://soundcloud.com/sthegroup/not-all-those-who-wander-are

 

« S » Dangling over emptyness :

– Philippe « Pipon » Garcia / batterie (Eric Truffaz, Cosmik Connection, Captain Planet, Antoine Hervé…)

– Jean-Paul Hervé / Guitare (European Jazz Trumpet, Sakom, Duo Tocanne/Hervé…)

– Vincent Lafont / Claviers (Orchestre National de Jazz de Daniel Yvinec, Magic Malik…)

– Yann-Gaël Poncet / Voix, Violon, Compositions

 

 

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